Syndrome de l’imposteur, le reconnaître pour s’en défaire

Vous arrive-t-il de penser que ce que vous faites n’est due qu’à la chance? Que votre vie n’est pas une « réussite » par rapport aux autres ou de craindre qu’on découvre un jour que vous n’êtes pas si compétent/te que ça? Si ces pensées vous sont familières, vous faites peut être partie des personnes qui cohabitent avec le syndrome de l’imposteur. Alors il est peut être temps d’aller déloger l’imposteur qui se cache derrière ce syndrome 😉.

L’origine du syndrome de l’imposteur, une imposture psychologique

Deux psychologues, Pauline Rose Clance et Suzanne Imes ont mis en évidence ce terme « syndrome de l’imposteur » au cours d’une étude en 1978. Ce terme désigne une expérience intérieure de supercherie intellectuelle, particulièrement fréquente et intense chez un échantillon de femmes très performantes. Je vous décrypte tout cela.

Un syndrome révélé par une étude sur les femmes aux USA

Pendant 5 ans, Pauline et Suzanne ont mené une étude sur 150 femmes*. La particularité de ces femmes : être reconnues pour leur excellence professionnelle. Malgré des réussites scolaires et professionnelles exceptionnelles, celles qui en souffrent persistent à croire qu’elles ne sont pas réellement brillantes et qu’elles ont trompé quiconque pense le contraire.

De nombreuses réussites factuelles, qui devraient pourtant constituer une preuve tangible de leurs capacités intellectuelles supérieures, ne semblent pas modifier cette croyance. Comme si leur propre regard était biaisé sur leurs compétences.

Et pourtant ces femmes sont toutes des professionnelles reconnues dans leurs domaines ou des étudiantes distinguées pour leur excellence académique. Les preuves ne viennent pas d’elles mais de leurs pairs ou de leurs notes.

Elles se considèrent comme des « impostrices » et tiennent des propos critiques à leur égard :

  • « Je ne suis pas assez compétente pour faire partie du corps professoral. Il y a eu une erreur lors du processus de sélection. »
  • Une autre, directrice de son département, a affirmé : « De toute évidence, si j’occupe ce poste, c’est parce que mes capacités ont été surestimées. »
  • « J’étais persuadée que l’on découvrirait ma supercherie lors de mon examen de doctorat. […] J’ai été stupéfaite lorsque mon directeur de thèse m’a dit que mes réponses étaient excellentes et que mon mémoire était l’un des meilleurs qu’il ait jamais vus. »

* The Imposter Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention – Pauline Rose Clance & Suzanne Imes

Des symptômes cliniques liés

Cette étude met également en évidence des symptômes psychologiques les plus fréquemment rapportés pour ces femmes :

  • l’anxiété généralisée
  • le manque de confiance en soi
  • la dépression
  • et la frustration liée à l’incapacité d’atteindre les objectifs de réussite qu’elles se sont fixés.

Autre point qui est soulevé dans l’étude : et les hommes dans tout ça?

Est-ce que les hommes souffrent du syndrome de l’imposteur? Oui, bien sûr. Mais à l’époque, c’est beaucoup moins présent, notamment du fait du « rôle » imposé par la société. Les aspects familiaux sont également soulevés dans leur article.

Extrait traduit : Dans son analyse des recherches sur les différences de sexe dans le processus d’attribution, Deaux (1976) souligne de nombreuses preuves que les femmes ont systématiquement des attentes plus faibles que les hommes quant à leur capacité à réussir une grande variété de tâches. […] Conformément à leurs attentes plus faibles, elles ont tendance à attribuer leurs succès à des causes temporaires, telles que la chance ou l’effort, contrairement aux hommes qui sont beaucoup plus susceptibles d’attribuer leurs succès au facteur interne et stable de la compétence.

Un reconnaissance limitée côté thérapie

Malgré le fait que ce soit une étude effectuée par des thérapeutes, ce syndrome ne connait aucune reconnaissance psychologique aujourd’hui. C’est-à-dire qu’il ne fait pas partie des troubles présents dans les bibles médicales ou psychologique (le DSM : manuel de diagnostic des troubles mentaux ou le CIM : manuel de Classification Internationale des Maladies).

Ce qui est plutôt drôle au final, c’est que même ce syndrome souffre de reconnaissance alors qu’il est le plus populaire!

4 critères du syndrome relevés par l’étude

L’étude met également en évidence au moins quatre types de comportements qui tendent à perpétuer ce syndrome de l’ imposteur une fois qu’il est en place. La personne peut adopter un ou plusieurs de ces comportements, mais rarement tous selon leur propos.

Travailler avec acharnement

La peur de se faire démasquer pousse la personne à travailler plus, créeant une pression interne importante pour prouver qu’elle est à la hauteur.

Un cycle vicieux se met se met en place : inquiétude quant à son intelligence –> travail acharné et stratégies de dissimulation –> bonnes notes ou performances –> approbation et satisfaction passagère. Le tout s’auto-alimentant. La personne ressent une euphorie passagère, et ce sentiment de réussite rend le cycle très difficile à rompre. Elle développe la conviction, tacite mais vaguement consciente, que croire en sa réussite la conduirait à l’échec.

Un biais d’hypocrisie dans ses valeurs

Les personnes qui souffrent de ce syndrome de l’imposteur choisissent parfois de ne pas révéler leurs véritables idées ou opinions. Au lieu de cela, elles manipulent habilement leurs professeurs, superviseurs et collègues, leur donnant ce qu’ils voulaient entendre.

Elles pratiquent la flatterie intellectuelle ou plutôt le masque de l’élève parfait.

Par exemple, une personne peut aller dans le sens de sa direction en trouvant des arguments adéquates, même si elle a personnellement un avis différent. « La guerre? Oui for sure Manu, trouvons des moyens pour armer le pays » – alors qu’elle veut juste vivre en paix.

Ce type d’évitement empêche les personnes de savoir si leurs opinions authentiques auraient été jugées pertinentes, et contribue ainsi au maintien du syndrome de l’imposteur (il est malin le syndrome).

Tout faire pour se faire apprécier

L’article de Suzanne et Pauline parle « d’utiliser son charme et sa perspicacité pour gagner l’approbation de ses supérieurs ». Mais peut être qu’il y a aussi un biais de perception de leur part sur ce point.

Ici, la personne va utiliser tous ses atouts pour charmer afin d’avoir la reconnaissance de l’autorité admirée. Son souhait inconscient : devenir la préférée, le choucou.

Par exemple, si son mentor potentiel cultive des champignons, elle fera tout pour pouvoir en parler avec enthousiasme et expertise. Si la personne est en difficulté, elle l’écoute avec compréhension et empathie. Elle peut se porter volontaire pour aider un professeur dans son projet de recherche. Elle peut même entamer une relation amoureuse avec son mentor.

C’est un peu comme si elle faisait tout pour se faire aimer des autres, avec les moyens qu’on lui a appris. L’enfant modèle, toujours souriant, prêt à aider.

Un manque d’ambition pour éviter les critiques

L’étude cite plusieurs auteurs et articles qui indiquent que réussir, dans notre culture, est un véritable défi pour une femme. Tout est fait pour éviter le rejet et les attributions du type :

  • Margaret Mead (1949) a constaté que la femme qui réussit ou est indépendante « est perçue comme une force hostile et destructrice au sein de la société »
  • Maccoby (1963) a affirmé que « la jeune fille qui cultive l’indépendance et l’ambition (orientation vers la réussite) nécessaires à la maîtrise intellectuelle défie les conventions comportementales liées à son sexe et doit en payer le prix : l’anxiété. »

Pour résumer, Horner indique que nombre de femmes évitent le succès par crainte d’être rejetées ou considérées comme moins féminines en cas de réussite.

Ce syndrome semble être le prix à payer de décennies d’un manque de considération des femmes.

Comment se manifeste cet imposteur dans votre vie?

Au delà de ce qui est relevé dans l’étude, cet imposteur peut venir vous embêter dans différents aspects de votre vie. Que ce soit dans votre vie personnelle, amoureuse ou dans votre travail. Mais il a des marqueurs spécifiques qui sont présents, peu importe le domaine où il se présente.

Le monde professionnel, le 1er impacté

Le milieu du travail est un terrain particulièrement fertile pour le syndrome de l’imposteur. C’est normal parce que le monde professionnel a pris beaucoup de place dans la vie de chacun.

D’ailleurs, la meilleure illustration est la façon dont vous vous présentez à de nouvelles personnes. Combien sommes nous à avoir appris à dire spontanément ce que l’on fait comme métier à la réponse : « Vous faites quoi dans la vie? ».

« Bonjour, Audrey, fondatrice de l’Académie des émotions et vous? »

Le monde extérieur s’est concentré depuis très longtemps sur un métier et non pas sur les valeurs humaines qui constituent chacun d’entre nous. L’image passe par la représentation des autres. Et principalement par celle liée au travail.

Caractéristique de ce syndrome

Ce syndrome se définit comme une sorte de doute maladif à reconnaître ses accomplissements personnels. Les personnes qui en souffrent :

  • rejettent le mérite de leur travail. « J’ai eu de la chance d’avoir des enfants bien élevés », « C’est un hasard si j’ai eu ce poste ».
  • vivent dans la peur d’être démasquées. « Et si un jour on découvre que je suis nul/le, que je suis bon/bonne à rien? ».
  • minimisent leurs compétences. « Oh c’était juste une opération parmi tant d’autres » alors que la personne est chirurgien cardiaque et vient de sauver son patient! Notez que ce n’est pas le Docteur House qui dirait ça. « Ce repas? Oh, ce n’est pas grand chose » alors qu’on a mangé comme dans un 5 étoiles et que la personne a passé des heures à confectionner ce festin.
  • surestiment les autres. « Cette personne est tellement douée » alors que si c’était elle-même qu’elle voyait faire la même chose, les propos seraient différents.

Stratégies pour surmonter le syndrome, une bonne idée?

Suzanne et Pauline expliquent que si « Si une femme accepte de partager son secret, les autres peuvent faire de même ». Elles ne sont pas surprises et sont soulagées de constater qu’elles ne sont pas seules.

Elles encouragent plutôt des thérapies multi-modales, comportant différentes approches thérapeutiques et psychologiques.

Je serais un peu plus critique ici. Parler de ce problème, ne le solutionne pas. Cela permet d’en prendre conscience. Et savoir également que vous n’êtes pas seul.le à en souffrir.

C’est d’ailleurs pour ça que beaucoup de techniques ont leurs limites.

Le travail se fait côté « mental », à la surface, sans aller à la source côté inconscient.

Les journaux de gratitudes, développer votre confiance en vous, identifiez les preuves de votre réussite, etc., toutes ces approches sont des techniques intéressantes qui ne font que mettre de côté votre syndrome.

C’est comme si vous mettiez sous le tapis le vrai problème. Et le soucis, c’est que le tapis est chez vous, dans votre zone de confort personnelle.

Oubliez les routines méditations ou de respiration, les résultat sont trop aléatoires pour vous en défaire. L’aide doit se faire au bon niveau.

Vous pouvez avoir une carrière ou être épanouit avec ce syndrome. Mais ayez en tête qu’un syndrome qui ne fait pas la promotion de vos réussites et vous remet en cause régulièrement impacte fortement les chances d’avoir des projets à hauteur de vos attentes.

Se défaire du syndrome, mode d’emploi

Je sais que la tendance est plutôt à essayer de le gérer, de faire avec voire de se dire que c’est petit par petit pas qu’on apprend à l’apprivoiser. Je ne suis pas de cet avis.

Le syndrome de l’imposteur, c’est comme une prise d’otage interne en vous. Vous risquez d’y laisser des plumes à le garder avec vous.

Les risques pour votre santé à garder ce syndrome

Tel un invité indésirable, l’imposteur va se nourrir de différents éléments : vos peurs, votre stress et la difficulté à lâcher prise. On ne contrôle par « plaisir », on contrôle parce que quelque chose en soi (coucou le squatteur) nous pompe l’air et qu’on ne veut pas qu’il déborde.

Garder ce type de symptôme revient à être d’accord avec le fait d’avoir :

  • Une anxiété constante
  • La peur du jugement
  • Des difficultés à recevoir des compliments
  • Une procrastination paralysante
  • Des pensées polluantes
  • Un surmenage à faire toujours plus (pression interne) pouvant mener au burn out
  • de l’auto-sabotage systèmatique

Vos émotions et votre estime de vous n’ont aucune envie de garder tout cela, je vous le garanti. Ce n’est pas compatible. Mais la difficulté, c’est que justement, comment faire partir ce squatteur de saboteur?

Se défaire de ce syndrome

Je vais décrire ici 3 étapes pour faire partir votre syndrome de l’imposteur avec succès. C’est la méthode que j’utilise dans mes accompagnements et jusque là, aucun n’a résisté 😉.

Prendre conscience qu’il n’est pas vous

Le 1er point que vous devez comprendre pour arriver à vous en défaire, c’est que ce syndrome de l’imposteur est en vous mais que ce n’est pas vous. Vous n’êtes que l’hôte de ce comportement toxique. Lui est un invité indésirable.

Si vous êtes un gateau en chocolat, il n’est qu’une part qui s’est inscrustée. Peut être même qu’il est un brocolis déguisé en gateau. C’est lui qui fait tâche, pas l’inverse.

Le personnifier pour mieux l’identifier

La 2ème étape pour arriver à prendre du recul avec, c’est de le personnifier. Essayer de voir à quoi il ressemble pour vous. Je ne vais pas vous faire de propositions ici, pour ne pas vous influencer. Mais cela peut être un personnage, représenté par quelqu’un que vous connaissez dans la réalité, fictif ou totalement imaginaire.

Si possible, donnez lui un nom et une intonnation, une voix.

Cette partie là ne le fera pas partir, mais vous identifierez plus facilement votre imposteur si il parle avec une voix différente comme celle de Donald Duck par exemple.

Astuce : Faites vous plaisir sur son prénom et sa voix, tout est possible! Il peut même parler dans une langue inconnue, tant que vous arrivez à l’identifier et le distinguer. Partagez en commentaire ce qui marche pour vous, cela aidera sûrement d’autres personnes.

Négocier son départ

Ensuite, l’exercice peut être plus complexe car l’imposteur est un fin manipulateur. Comme si c’était un invité dans votre habitation qui vient tout saccager, il va falloir l’accompagner vers la sortie. Négocier son départ.

À la différence que là, vous le faites dans votre imaginaire, en visualisation. Pas de risque d’abimer votre chez vous ou d’être jugé par les « qu’en dira-t-on » des autres. Tous les coups sont permis dans ce monde particulier. Cela reste entre vous et votre imaginaire.

Astuce : Vous pouvez vous inspirer des films fantastiques avec des Super héros pour cette négociation. Endosser alors le rôle du super héro qui vous convient et aller à la rencontre de votre imposteur pour retrouver la paix dans votre univers.

Cette partie là peut être la plus longue. Pour en avoir accompagné beaucoup en séances individuelles, certains imposteurs peuvent se montrer tenaces. Mais d’expériences, ces constructions disparaissent toutes, même les plus coriaces.

De l’imposteur à vivre sans peur ni jugement, en paix

Le meilleur moyen pour ne plus avoir à gérer le syndrome de l’imposteur, c’est qu’il vous quitte. Cela demande beaucoup trop dénergie d’avoir à vivre avec.

Vous gagnerez du temps à vous en occuper une bonne fois pour toute plutôt que d’avoir à négocier régulièrement avec lui.

Et si vous avez besoin de vider votre sac parce que vous en avez marre de lui, vous avez le droit!

  • Combien d’opportunités vous a-t-il fait rater?
  • Combien de fois par jour vous épuise-t-il, vous rappelant vos échecs?
  • Combien de moment vous a-t-il fait de l’ombre, mettant de côté vos qualités?
  • Combien de pensées jugeantes arrivent en pop-up dans votre tête?

Souffrir d’un syndrome comme celui-ci n’est pas une chance, encore moins une opportunité. Et si certains humains ne l’ont pas, vous aussi vous pouvez vous en défaire.

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