Dans le but d’être la meilleure version de soi-même, affronter ses peurs est devenu une quête du développement personnel :
- « Sortez de votre zone de confort »
- « La peur n’est qu’une illusion »
- « Arrêtez l’évitement : il faut vous exposer à vos plus grandes craintes »
- « Votre cerveau vous protège parce qu’il ne sait pas faire autrement – apprenez lui à gérer différemment « .
Tout est fait pour vous faire croire qu’il faut dépasser vos peurs pour mieux vivre. Faire encore plus d’effort et lutter contre vos parts d’ombre. Mais si ces techniques étaient contre-productives et au contraire, venaient renforcer vos peurs ? Voyons ensemble ce qu’il se passe côté mécanismes inconscients et ce qui est vraiment utile pour vivre sans peur.
Comprendre la nature de la peur, une clé importante
La peur est sûrement l’émotion la plus primaire. Et pour autant, ce n’est pas celle qui s’active en premier pour les nouveaux nés. Voyons donc l’origine de cette émotion et l’impact sur notre quotidien.
Les origines de cette émotion
La peur est une des 4 émotions essentielles à l’être humain. Si elle estd utile vu son rôle, elle ne s’active pas n’importe quand ni comment. Et elle est souvent confondue avec de la charge émotionnelle. C’est elle qui vous pose problème.
Votre peur, celle dont vous ne pourrez pas vous défaire, va s’activer dans les moments d’urgence. Ces moments où votre cerveau n’a pas le temps de réfléchir. Elle utilise d’ailleurs une voie neuronale spécifique qu’on appelle « la voie rapide ». Car réfléchir à ce moment là ne vous aidera pas.
Cela va être le cas si une voiture vous fonce dessus ou que votre animal vous saute dessus alors que vous ne l’aviez pas vu. Votre cerveau va aller vite pour activer vos réflexes primaires. Votre survie en dépend.
C’est aussi le cas d’un animal tranquillement endormi dans l’escalier qui se réveille et fait un faux pas. Son corps va se réveiller plus vite que lui pour le faire retomber sur ses pattes. Ce n’est qu’une fois l’évènement passé qu’il se rendra compte de ce qu’il s’est passé.
Généralement, quand on parle de dépasser ses peurs, on ne parle pas de cette émotion là. Mais de charge émotionnelle qui crée de la peur.
L’impact des peurs sur notre quotidien
Ce type de charge émotionnelle est parfois appelé peurs, angoisses ou même anxiété. Leur impact est important dans votre vie, y compris au travail :
- Peur de parler en public
- Ne pas oser demander une augmentation, un congé par peur du regard des autres
- Pensées d’anticipation à l’idée d’aller dans certains lieux ou de faire certaines activités
- Réactions corporelles en amont : tremblements, transpiration, perte de moyens, etc.
- Blocage à différents niveaux
Les effets de ce type de peur sont nombreux. Et cela a des conséquences sur votre confiance en vous, voire votre estime de vous.
Et si personne ne vous l’a dit : ce type de réaction n’est pas universel. On peut s’en défaire, mais pas n’importe comment, au risque de renforcer des mécanismes ou créer de la compensation.
Méthodes pour affronter ses peurs
En psychologie, affronter ses peurs renvoie principalement au concept d’exposition. Il s’agit de se confronter, de manière progressive et contrôlée, à un objet, une situation ou une pensée redoutée, plutôt que de l’éviter.
Si ce concept semble être une bonne idée, il est surtout utile pour la partie intellectuelle, pas pour les mécanismes inconscients qui se jouent derrière.
La thérapie d’exposition
Considérée depuis des décennies comme un traitement de première ligne pour les troubles anxieux, les phobies spécifiques et le trouble de stress post-traumatique (TSPT), la thérapie d’exposition existe sous plusieurs formes.
L’exposition in vivo :
Se confronter directement à l’objet de la peur en situation réelle.
C’est par exemple manipuler une araignée en cas d’arachnophobie ou prendre la parole en public en cas d’anxiété sociale.
Personnellement, je n’ai jamais compris l’intérêt de cette approche que je trouve plutôt violente. Cela me fait penser aux soldats de la 1ère guerre mondiale qui revenaient traumatisés des batailles et à qui on disait : « soit vous retournez à la guerre, soit vous êtes fusillé pour désertion ».
Face à ce choix illusoire, l’urgence est la survie.
Les mécanismes inconscients choisiront d’abaisser le niveau des symptômes (la peur de retourner au combat par exemple), plutôt que de créer plus de mal être ou risquer la mort certaine (le pire scénario). Mais les symptômes n’ont pas disparu, ils sont juste tassés pour la survie humaine.
Ici, même si la science valide cette méthode, cela correspond plus à une exposition coûte que coûte. Alors que quand la peur a correctement disparu, les gens vont naturellement faire les choses, sans forcer l’exposition.
Un client m’a fait le retour d’expérience suivant. Il était coincé dans une situation depuis longtemps et un client lui devait de l’argent. Il n’osait pas réclamer le paiement et ce depuis des mois. Après plusieurs séances, il est passé à l’action et s’est fait payer. Il n’a pas eu besoin de conseils sur comment faire, il savait déjà. Ces blocages l’empêchaient d’agir, et les défaire a suffi à le faire passer à l’action.
L’exposition imaginaire
Dans ce cas là, on va visualiser mentalement la situation redoutée de façon détaillée. L’objectif est de désamorcer les déclencheurs de la peur.
Or, l’imaginaire est un monde à part. Et la plupart du temps, cette projection virtuelle n’utilise pas les codes de l’imaginaire. Cela a plutôt tendance à créer de la compensation côté mécanismes inconscients.
Exemple : une personne qui aurait peur de parler en public va se sentir à l’aise pour cet exercice mais de l’autre côté, de la tension peut se consolider dans son corps. Elle aura peut être plus de mal à lâcher prise.
L’imaginaire peut être très puissant s’il est bien utilisé. Et la visualisation peut être un moyen de vérifier si tout semble ok, avant la mise en application dans la réalité.
Créer l’habitude pour désapprendre
Un point qui semble évoluer côté thérapies est l’habitude. Pendant longtemps, les recherches indiquaient que la peur diminuait par exposition à un stimulus – en mode petit pas par petit pas.
En gros, plus on est exposé à un stimulus, plus la réponse de peur s’atténue.
Mais les recherches plus récentes nuancent fortement cette idée. Plusieurs études ont montré que la réduction de la peur pendant une séance d’exposition ne prédit pas fiablement le résultat de l’accompagnement.
La chercheuse Michelle Craske a développé une autre théorie de l’apprentissage : ce n’est pas la diminution de la peur qui soigne, mais l’erreur de prédiction. Soit, le fait que la catastrophe redoutée ne se produise pas. Plus l’écart entre ce que la personne craignait et ce qui se passe réellement est important, plus l’apprentissage correctif est puissant.
C’est une très bonne piste qui parle mieux aux mécanismes inconscients. Défaire tout ce qui crée l’anticipation de situation vient faire diminuer la peur. Jusqu’à la faire disparaître définitivement.
Dépasser ses peurs pour gagner en confiance en soi
Autre point qui est soulevé, c’est qu’avoir peur est souvent relié à une problématique de confiance en soi. Or ce n’est jamais vraiment le problème, mais plutôt la conséquence. La conséquence de peurs qui encombre et dont on peut se défaire.
La confiance en soi, votre zone de confort
Sortir de sa zone de confort, je déteste cette expression. C’est une très mauvaise compréhension des mécanismes inconscients.
Vous n’avez pas besoin d’en sortir mais d’avoir de l’espace dans cette zone. C’est ça qui vous permet de l’élargir comme vous le voulez. De dépasser vos peurs.
Pour illustrer, imaginez une pièce. Cette pièce, c’est la représentation de votre zone de confort. Si cette pièce est encombrée de tout un tas de meubles, objets divers et émotions (anxiété, angoisse, pensée d’anticipation, etc.), vous allez vous sentir très vite à l’étroit.
Ceux et celles qui ont confiance en eux ont souvent une pièce plus aérée. Voire sans encombrement. Ce qui est beaucoup plus facile pour accéder à ses compétences et qualités présentes au même endroit.
Se défaire des peurs, mode d’emploi
Le meilleur moyen de ne plus avoir de peurs, ce n’est pas de les affronter. C’est d’aider vos mécanismes inconscients à se défaire de ce qui crée ces peurs. C’est ça qui crée du changement positif.
Et dans ce but là, votre imaginaire est la clé N°1.
En accompagnant mes clients, j’utilise les codes de l’imaginaire. Cela permet de faire bouger et disparaître de nombreux mécanismes par rapport aux peurs. Mais aussi de réduire les pensées d’anticipation. Si ce qui est à la source de ces pensées côté inconscient disparaît, les pensées aussi.
La cliente terrorisée par une petite bête
Je me souviens d’une cliente qui avait une phobie des araignées au point que rien que d’en parler, cela engendrait de l’inconfort pour elle. Elle avait bien conscience que cette bête n’était pas dangereuse. Mais ces mécanismes inconscients créaient une réalité différente.
À la fin de la séance, pour vérifier si tout était ok pour elle, je lui ai proposé de visualiser des images de l’animal sur mon ordinateur. En observant ses réactions (pas de recul, pas de regard fuyant, etc.), une 1ère étape positive semblait franchie. Elle a dit oui et quand j’ai défilé les photos, le danger inconscient lié à cet animal avait disparu.
La dernière étape de cet accompagnement me l’a confirmée. Quand elle m’a dit « elle est mignonne celle-ci », je me suis dit qu’elle avait dépassé ses peurs. Ou plutôt que ses peurs irrationnelles avaient disparu.
Comment vaincre ses peurs ? L’essentiel des conseils à savoir
Une phobie ou une peur part d’elle-même quand elle est accompagnée au bon niveau. Pas besoin de vous forcer ou de mettre la pression à votre courage.
L’origine des peurs ne vous aidera pas
Pas besoin non plus de « comprendre » d’où cela vient. La compréhension peut être très utile mais peut aussi vous saboter.
Par exemple, vous n’êtes pas à l’aise pour vous montrer sur les réseaux sociaux par peur du regard des autres. Le moindre post / article à poster vous paralyse. Et pourtant, vous êtes très social.e dans la vie réelle et vous adorez échanger avec les gens.
Si vous cherchez à comprendre pourquoi vous bloquez, vous pouvez passer des années en thérapie sans avoir de résultat.
Alors que là, vous êtes sur un mécanisme qui se joue à un autre niveau de conscience. Pas besoin de comprendre, mais d’aider votre inconscient, de façon à pouvoir utiliser vos compétences (sociabilité, partage, etc.) dans tous les domaines de votre vie.
Identifier sa peur
C’est un point essentiel pour avancer : identifier vos peurs.
Faites un point sur les peurs dont vous avez conscience et la façon dont elles se traduisent pour vous. Utilisez vos mots pour décrire ce qu’il se passe pour vous.
Difficile d’apporter des solutions si ce n’est pas un problème pour vous. Identifier vos peurs permet de savoir ce qui a besoin de bouger d’évoluer.
Accompagner au bon niveau par un professionnel compétent
Dernier point : pour vaincre vos peurs, vous avez besoin d’être correctement accompagné.
Un thérapeute angoissé ou avec des peurs n’est sûrement pas le plus approprié. Si on comprend les mécanismes, on peut aussi s’aider soi-même.
Un coach qui n’a aucune peur n’est peut être pas non plus le plus adapté. La frontière est fine entre ne pas avoir de peur et se mettre en danger. Combien de sportifs vont courir en pleine canicule ? C’est un comportement qui doit alerter. Certains mécanismes vont éteindre votre instinct de survie et vous poussent à toujours plus. Toujours plus de like sur Tiktok, toujours plus de promotion et de poste élevés, toujours plus d’effort pour être le meilleur. Votre santé risque d’en payer le prix fort.
Choisir un.e professionnel.le compétent.te est peut être l’étape la plus complexe. Il faut parfois en faire plusieurs pour trouver le bon qui vous aide à affronter vos peurs, en douceur.
L’avez-vous trouvé ?